Carlos Alcaraz n’a pas encore fait simple à l’US Open. Pour son entrée en lice, il avait déjà perdu un set avant de trouver la solution. Mercredi, face à Jaime Faria, même scénario, ou presque. Le jeune Espagnol a cédé la première manche avant de renverser la vapeur et de s’imposer en quatre sets : 4-6, 6-0, 6-3, 6-2, après 2h40 de jeu sur l’Arthur Ashe Stadium.
Ce succès permet à Alcaraz, vainqueur de l’US Open en 2022, de poursuivre sa route dans un tournoi qui a déjà vu sa part de surprises. Il s’agit surtout de sa deuxième victoire depuis qu’il a retrouvé la compétition après quatre mois sans jouer, en raison d’une blessure au poignet droit. De quoi nourrir une certaine satisfaction, mais aussi un discours très clair sur les limites du calendrier.
Les points clés du match
- Carlos Alcaraz bat Jaime Faria 4-6, 6-0, 6-3, 6-2 en 2h40.
- L’Espagnol poursuit son retour après quatre mois d’absence pour blessure au poignet droit.
- Prochain adversaire : le Chinois Wu Yibing, tombeur de James Duckworth.
- Alcaraz annonce qu’il prendra des pauses et manquera des tournois dans le futur.
Un premier set compliqué puis une réaction autoritaire
Le match aurait pu devenir un piège immense pour l’Espagnol, longtemps éloigné des compétitions. Face à un adversaire sans rien à perdre, il a perdu le premier set après s’être procuré une balle de break non convertie. Dans une session de nuit où la balle est plus lourde et les rebonds plus difficiles à contrôler, Alcaraz a très vite compris qu’il fallait changer son approche.
Jouer plus long, construire les points avec une patience inhabituelle, attendre la bonne ouverture : c’est la clé qui a débloqué la rencontre. Le deuxième set a tourné à la démonstration, avec un 6-0 infligé à un Portugais dépassé par l’accélération du rythme. Malgré une petite baisse de concentration à certains moments, Alcaraz a finalement contrôlé son avance dans les deux dernières manches.
« Jouer quatre sets était une bonne chose pour me tester »
Après la rencontre, Carlos Alcaraz a reconnu que son plan de départ était tout autre. « Je voulais aller vite, pour être honnête. Je ne vais pas mentir. Mais à la fin, je me suis rendu compte que jouer quatre sets était vraiment une bonne chose pour me tester physiquement, pour tester mon corps, voir comment je me sens et voir demain comment je vais me sentir après ce match, après quatre sets. Je suis simplement heureux d’avoir été capable de jouer du bon tennis pendant les quatre sets. »
Cette déclaration en dit long sur ses inquiétudes légitimes après une si longue absence. Même si l’entraînement lui avait redonné confiance, le rythme d’un match officiel, avec son intensité et ses moments de tension, reste toujours un saut dans l’inconnu. En passant près de trois heures sur le court, Alcaraz a pu valider l’état de son poignet et la solidité de sa condition physique.
La session de nuit, un monde différent
Interrogé sur son premier set raté, Alcaraz est revenu sur les conditions de jeu propres aux soirées de l’US Open. « La session de nuit est un monde totalement différent de la session de jour. La balle devient plus grosse. C’est plus difficile de faire bouger la balle. J’ai eu une balle de break, je ne l’ai pas convertie et, après ça, j’ai voulu jouer des points courts, ce qui était une erreur de ma part. J’avais simplement besoin d’être patient, de jouer des échanges plus longs, trois, quatre, cinq frappes, puis d’y aller. »
Cette analyse technique confirme que l’Espagnol n’est pas simplement un joueur de ressenti. Il décortique les tours, s’adapte aux conditions et trouve des solutions en cours de match. C’est précisément cette intelligence tennistique qui a fait de lui un champion très précoce, capable de s’imposer sur toutes les surfaces et dans tous les contextes.
Un coup droit enfin libéré
Le coup droit d’Alcaraz a impressionné par sa liberté d’exécution. Après ce type de blessure, certains joueurs ont besoin de mois pour refrapper sans retenue. L’Espagnol, lui, n’a montré aucun frein apparent. « Évidemment, la compétition est un monde totalement différent de l’entraînement, mais je me suis entraîné normalement, en frappant mon coup droit avec beaucoup de liberté et sans penser à mon poignet, que ce soit à l’entraînement ou en match. Je sais simplement qu’une fois que j’entre sur le court, je dois y aller à chaque fois. Je dois me sentir normalement. Je dois frapper comme je frappais avant la blessure et ensuite, on verra ce qui se passe. »
Ses statistiques dans ce match plaident pour lui. Le nombre de coups droits gagnants, la vitesse de balle en fond de court et la précision sur les balles de break montrent un joueur déjà bien en jambe. Ses déplacements étaient fluides, sa capacité à changer de direction aussi. Certes, Jaime Faria n’est pas encore un vainqueur de tournois majeurs, mais la manière dont Alcaraz a su élever son niveau après avoir perdu le premier set est un signal fort envoyé à ses rivaux.
Wu Yibing au prochain tour
Le prochain défi s’appelle Wu Yibing. Le Chinois a éliminé James Duckworth en trois sets 7-5, 6-3, 6-1, avec un tennis offensif qui peut faire des dégâts sur le ciment new-yorkais. Les deux hommes se sont déjà affrontés une fois par le passé, lors du Masters 1000 de Shanghai en 2024, et c’est Alcaraz qui avait pris le dessus en deux manches 7-6, 6-3.
Wu Yibing possède un service solide, un revers puissant et un sens aigu de la prise de risque. Contre un joueur qui revient de blessure, il essaiera sans doute de prendre la balle tôt et de raccourcir les échanges. Alcaraz, prévenu, sait qu’il devra reproduire les bonnes choses montrées face à Faria, en particulier sa patience dans les moments importants. Le match s’annonce spectaculaire, car les deux joueurs aiment envoyer des coups gagnants.
Une tenue pensée avec Travis Scott
Sur le plan vestimentaire, Carlos Alcaraz a fait sensation en entrant sur le court avec une tenue signée Nike et inspirée de l’univers de Travis Scott. Le rappeur et l’Espagnol ont collaboré en amont du tournoi, même si le projet devait initialement être différent. « J’étais censé jouer avec la tenue que j’avais portée en double mixte. Mais cette collaboration avec Travis est arrivée et je ne pouvais pas dire non. C’est vraiment très cool. Je dois remercier Travis et son équipe. Ils ont fait un excellent travail. »
Le choix du débardeur, lui, est purement lié au confort. L’Espagnol a expliqué que la chaleur et l’humidité de l’été new-yorkais le poussent à privilégier ce style. « Je dirais que c’est beaucoup mieux avec la transpiration et tout le reste. Donc je pense qu’ici, à New York, surtout en août et en septembre, c’est vraiment une bonne chose de porter des débardeurs. »
Les nuits blanches de la jeunesse
Interrogé sur les matchs qui se terminent tard dans la nuit, Alcaraz a souri. Les premiers tours de l’US Open ont offert des marathons comme ceux de Tiafoe et Zverev. L’Espagnol, lui, a fait le choix de se coucher tôt, mais il aime jeter un œil aux rencontres avant de dormir. « Je les regarde, mais je ne les ai évidemment pas regardés jusqu’au bout. J’ai besoin de me reposer. Mais c’est une sensation géniale de les regarder quand je suis dans mon lit, avec tout éteint, puis de ne pas pouvoir terminer le match, de me réveiller et de découvrir quel était le score. »
Cette anecdote rappelle que Carlos Alcaraz reste un passionné de tennis, capable de s’émerveiller encore devant les exploits des autres joueurs. Elle montre aussi une hygiène de vie irréprochable, indispensable pour enchaîner les grands chelems au plus haut niveau.
Un calendrier impossible à suivre
Le sujet le plus important de sa conférence de presse n’était toutefois pas son match ni son maillot, mais plutôt le calendrier du circuit masculin. Alcaraz, comme beaucoup d’autres joueurs, a haussé le ton contre l’accumulation des tournois obligatoires. Son message est simple : il va falloir faire des choix, même si cela implique de manquer des événements majeurs.
« J’ai pris une pause plus longue que ce que j’aurais voulu, pour être honnête. Mais quand on voit à quel point le calendrier est chargé, évidemment, je ne veux pas avoir ce genre de pause à cause d’une blessure. Mais à l’avenir, je vais prendre des pauses, de longues pauses. Peut-être pas quatre mois, mais un mois, deux mois, en manquant certains tournois, parce que c’est impossible de tous les jouer. »
L’Espagnol a ensuite pointé du doigt les instances du tennis. « Je pense qu’ils ajoutent de plus en plus de tournois importants. D’une certaine manière, ils nous obligent à jouer. On peut dire non, on peut en sauter un ou deux, on peut décider de son calendrier, mais il y a des Masters 1000, des Grands Chelems et on se retrouverait à jouer pendant 40 semaines s’il fallait disputer tous les tournois obligatoires que l’ATP nous demande de jouer. Donc c’est impossible. »
Les mots sont d’autant plus forts qu’ils viennent d’un joueur âgé de seulement 23 ans, déjà plusieurs fois blessé et écarté des courts pendant quatre mois. Il a conclu sur un avertissement clair aux organisateurs : « On voit beaucoup de joueurs se blesser, beaucoup de joueurs être fatigués. S’ils ne font rien à ce sujet, on va en voir encore davantage à l’avenir. »
Un retour qui interroge les hiérarchies
Cette prise de position fait écho aux débats qui traversent le tennis actuel. Les joueurs sont de plus en plus nombreux à dénoncer un système qui les épuise et les expose à des blessures chroniques. Le témoignage de Carlos Alcaraz est d’autant plus important qu’il est l’un des visages les plus médiatiques du circuit masculin. S’il décide de boycotter certains rendez-vous, son exemple pourrait être suivi.
Pour l’instant, l’Espagnol reste concentré sur son objectif new-yorkais. Ce deuxième tour passé a validé son retour, après une blessure qui l’a éloigné de la compétition bien plus longtemps qu’il ne l’aurait souhaité. Le voilà désormais plongé dans le grand bain d’un des tournois les plus exigeants du monde. Avec un titre déjà glané ici à New York en 2022, Alcaras sait ce qu’il faut faire pour aller loin.
Cette victoire en quatre sets avait tout d’un test utile. Test de son poignet, test de son endurance, test de sa capacité à souffrir et à rebondir. Rendez-vous est pris au troisième tour contre Wu Yibing, un adversaire coriace qui tentera de profiter de la moindre faiblesse. Alcaraz, lui, avance avec une certitude : il jouera son tennis, prendra ses responsabilités et n’hésitera plus à dire non quand le calendrier lui demandera l’impossible.
Source: MSN News