Anne Deneuchatel, décoratrice d’intérieur quinquagénaire, a décidé de porter plainte contre deux établissements bancaires qu’elle accuse d’avoir manqué à leur obligation de vigilance. Elle estime que ces banques auraient dû s’alarmer de virements dont les libellés étaient trop étranges pour être crédibles. L’affaire intervient plus d’un an après la révélation d’une escroquerie qui a profondément bouleversé sa vie : pendant environ dix-huit mois, elle a été trompée par des malfaiteurs se faisant passer pour Brad Pitt, notamment grâce à des contenus générés par intelligence artificielle. Le préjudice est évalué à 830 000 euros. Aujourd’hui, Anne Deneuchatel ne met plus seulement en cause les auteurs de l’arnaque. Elle interroge aussi le rôle des intermédiaires financiers, qui ont laissé passer des opérations portant des intitulés invraisemblables.
Ce qu’il faut retenir
- Anne Deneuchatel a été victime d’une arnaque au faux Brad Pitt pendant environ un an et demi.
- Elle aurait perdu 830 000 euros, manipulée par des escrocs utilisant des contenus générés par IA.
- Elle porte plainte contre deux banques pour manquement à leur obligation de vigilance.
- Elle leur reproche d’avoir validé des virements aux libellés grotesques, dont certains mentionnaient explicitement Brad Pitt.
- Selon ses avocats, entre 400 000 et 500 000 euros de transactions n’auraient jamais dû passer le contrôle minimum des banques.
Une tromperie de 830 000 euros sur dix-huit mois
Le récit de cette escroquerie avait été rendu public en janvier 2025 par une émission de télévision. Anne Deneuchatel y expliquait avoir été contactée indirectement par une personne se présentant comme la mère de Brad Pitt. Elle insistait sur un point : elle n’avait, selon elle, jamais publié de message ou de photo montrant une fragilité particulière. « N’importe qui peut tomber dans ce piège », avait-elle averti, en rappelant qu’elle traversait alors une période de fragilité extrême. Les escrocs, souvent désignés sous le terme de « brouteurs », ont exploité cette faille psychologique pour instaurer une relation de confiance, puis pour multiplier les demandes d’argent.
Pendant environ dix-huit mois, Anne Deneuchatel a ainsi été amenée à effectuer de nombreux virements. Le montant total de l’arnaque est estimé à 830 000 euros. L’histoire a été largement commentée, parfois avec moquerie, ce qui a ajouté une souffrance supplémentaire à la victime. Malgré les railleries et le retentissement de l’affaire, elle a choisi de ne pas rester silencieuse. Sa détermination s’est désormais déplacée vers un autre terrain : celui de la responsabilité des banques qui ont exécuté les opérations.
Des libellés de virements qui auraient dû alerter
Mardi 11 février, l’information a été rendue publique : Anne Deneuchatel a déposé plainte contre deux banques. Les noms de ces établissements n’ont pas été révélés. La plaignante leur reproche de ne pas avoir bloqué ni signalé des virements dont les intitulés étaient pourtant explicites. Ses avocats ont pointé au moins dix-huit virements dont le libellé était, selon eux, « souvent du grand n’importe quoi ». Ces mentions auraient dû, à leur sens, déclencher un contrôle renforcé ou une demande de vérification auprès de la cliente.
Parmi les opérations citées figurent « Opération Mr William Bradley Pitt » pour 35 000 euros, « Transplantation rein William Bradley Pitt Clinic Mayo Dr Hatem » pour 59 000 euros, ou encore « Solde opération transplantation rein gauche Mr William Bradley Pitt Clinic Mayo États-Unis » pour 59 000 euros. Ces libellés associent le nom de la star hollywoodienne à des opérations médicales supposées, ce qui aurait dû, selon la victime et ses conseils, attirer l’attention. Anne Deneuchatel estime qu’au moins 400 000 à 500 000 euros sur l’ensemble des transactions n’auraient jamais dû passer le contrôle minimum des banques. Elle dénonce des « failles » qui, selon elle, ne doivent plus se reproduire.
Le rôle des banques et l’obligation de vigilance
Le débat porte sur l’étendue du devoir de surveillance des établissements bancaires. En France, les banques sont soumises à des obligations de vigilance, notamment en matière de connaissance du client, de suivi des opérations et de déclaration des soupçons à l’autorité compétente. Elles doivent être en mesure d’identifier les opérations inhabituelles, complexes ou dépourvues de justification économique apparente. Dans le cadre d’une relation bancaire classique, un virement dont le libellé évoque une transplantation rénale à l’étranger au nom d’une célébrité peut légitimement être considéré comme atypique.
Les établissements mis en cause pourraient toutefois faire valoir que leur rôle n’est pas de vérifier la véracité de chaque motif indiqué par un client. La question sera de savoir si les signaux étaient suffisamment nombreux et concordants pour imposer une vérification plus poussée. La répétition des virements, les montants élevés et l’étrangeté des libellés constitueront des éléments centraux de l’analyse. Anne Deneuchatel réclame une indemnisation financière proportionnelle aux préjudices qu’elle estime en partie causés par les banques. La procédure devra donc déterminer si celles-ci ont failli à leur mission de contrôle ou si elles ont simplement exécuté des ordres présentés comme normaux par leur cliente.
Manipulation psychologique et isolement
L’affaire rappelle aussi à quel point les escroqueries sentimentales et les arnaques aux célébrités reposent sur une mécanique de manipulation éprouvée. Les escrocs commencent par créer un lien affectif, en se montrant attentionnés, disponibles et rassurants. Ils exploitent ensuite la solitude, la vulnérabilité ou les difficultés personnelles de leur cible. Anne Deneuchatel a décrit une technique d’« isolation du monde extérieur » destinée à couper la victime de ses proches et de ses repères. Petit à petit, les demandes d’argent deviennent plus fréquentes, justifiées par des urgences médicales, des problèmes de santé ou des frais prétendument liés à une relation avec une star.
La victime a expliqué avoir parfois douté. « Malgré mes doutes répétitifs, mes blocages, une fois qu’on a mis le pied dans cet engouement, il est très difficile d’en sortir », avait-elle confié. Elle décrit un véritable travail de manipulation, mené par des personnes rompues à l’exercice. Les contenus générés par intelligence artificielle rendent ces tromperies plus crédibles : fausses photos, vidéos truquées, voix imitées ou échanges écrits soigneusement construits peuvent donner l’illusion d’une relation authentique. Ces outils ne créent pas l’arnaque, mais ils en renforcent l’efficacité et la portée.
Un phénomène amplifié par l’intelligence artificielle
Les arnaques au faux Brad Pitt ne sont pas isolées. Plusieurs victimes ont raconté avoir été approchées par des escrocs se faisant passer pour l’acteur ou pour d’autres célébrités. Les récits se ressemblent : contact initial via les réseaux sociaux, création d’une fausse proximité, puis demandes d’argent présentées comme urgentes et confidentielles. Le témoignage d’Anne Deneuchatel a d’ailleurs permis à une autre victime de comprendre qu’elle était en train de se faire manipuler. Ce point est essentiel : les victimes ne sont pas nécessairement naïves ou crédules. Elles sont ciblées à un moment de fragilité et enfermées dans un récit construit pour neutraliser leurs objections.
La dimension bancaire ajoute une seconde couche de responsabilité. Les établissements financiers sont souvent les derniers remparts avant que l’argent ne disparaisse. Lorsque des virements portent des libellés aussi improbables que « Opération Mr William Bradley Pitt » ou « Transplantation rein William Bradley Pitt Clinic Mayo Dr Hatem », la question de leur contrôle se pose avec acuité. Les banques disposent d’outils de détection automatique, mais l’analyse humaine reste déterminante face à des opérations qui sortent de l’ordinaire. L’affaire pourrait donc avoir une portée au-delà du cas personnel d’Anne Deneuchatel, en incitant les établissements à renforcer leurs procédures lorsqu’un motif de paiement paraît incohérent.
Les suites de la procédure
Anne Deneuchatel attend désormais que la justice se prononce sur le rôle des deux banques. Elle cherche à obtenir une reconnaissance des manquements qu’elle leur impute et une indemnisation à la hauteur des sommes perdues. Les établissements concernés n’ont pas révélé leur identité et aucune décision n’a encore été rendue. L’analyse des virements, des alertes éventuelles et des échanges entre la cliente et sa banque sera déterminante. Au-delà du préjudice financier, la plaignante souhaite que cette procédure permette de mettre en lumière les failles du système et d’éviter que d’autres victimes ne se retrouvent confrontées à la même situation. Son objectif est que les banques soient amenées à mieux repérer les opérations anormales, en particulier lorsque les libellés mentionnent des situations invraisemblables et des montants considérables.
Source: Femmeactuelle.fr News