Bien qu’il ne soit âgé que d’une quarantaine d’années, Kim Jong-un prépare déjà sa succession à la tête de la Corée du Nord. Le dictateur s’affiche de plus en plus aux côtés de sa fille, Kim Ju-ae. À seulement 13 ans, elle l’accompagne dans ses déplacements officiels, lors des revues de troupe ou des essais de missiles. Une façon de la préparer à diriger ce pays, ce qui serait une première pour une femme.
Cette stratégie de succession précoce n’est pas nouvelle dans la dynastie Kim. Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée, avait désigné son fils Kim Jong-il comme successeur dès les années 1970, alors que ce dernier était encore trentenaire. De même, Kim Jong-il a préparé Kim Jong-un, son plus jeune fils, pendant plusieurs années avant sa mort en 2011. Cependant, la mise en avant d’une fille est inédite dans un pays où le culte de la masculinité est profondément ancré.
Kim Ju-ae est née en 2012 ou 2013, selon les sources. Sa première apparition publique remonte à novembre 2022, lors du lancement d’un missile balistique intercontinental Hwasong-17. Depuis, elle a été vue à plusieurs reprises aux côtés de son père, notamment lors de défilés militaires, de visites d’usines d’armement et de cérémonies officielles. Les médias d’État nord-coréens la désignent désormais comme la « respectable enfant » ou la « fille bien-aimée » du dirigeant, un traitement réservé auparavant aux seuls héritiers masculins.
Le contexte politique et familial
Kim Jong-un a épousé Ri Sol-ju en 2009, et le couple aurait trois enfants : deux filles et un garçon. Cependant, seul le nom de Kim Ju-ae est connu publiquement. Le choix de mettre en avant une fille plutôt qu’un fils pourrait être dû à plusieurs facteurs. D’une part, l’âge du fils présumé (né vers 2017) le rend trop jeune pour être présenté comme successeur. D’autre part, Kim Jong-un cherche peut-être à moderniser l’image du régime tout en conservant le contrôle dynastique.
La Corée du Nord est un État totalitaire où le pouvoir se transmet de père en fils depuis 1948. La constitution nord-coréenne et les pratiques politiques sont conçues pour assurer la continuité de la dynastie Kim. Le Parti du travail de Corée, l’armée et les organes de sécurité sont tous inféodés à la famille régnante. Le culte de la personnalité est omniprésent, et la succession est préparée minutieusement pour éviter toute contestation.
La possibilité qu’une femme dirige la Corée du Nord est historique. Dans une société où les femmes sont souvent reléguées à des rôles domestiques et subalternes, l’ascension de Kim Ju-ae bouleverserait les normes. Cependant, il est probable que son pouvoir serait largement symbolique, les décisions réelles étant prises par un collège de hauts responsables, comme cela s’est produit après la mort de Kim Jong-il.
Les apparitions publiques et leur signification
Les apparitions de Kim Ju-ae sont soigneusement orchestrées par la propagande d’État. Elle est souvent montrée en train de regarder des missiles avec son père, de marcher au milieu de dignitaires militaires ou de visiter des installations stratégiques. Ces images visent à l’habituer au regard du public et à légitimer sa future position. En février 2023, elle a assisté à un dîner d’État en l’honneur de l’armée, assise à une place d’honneur à côté de son père.
Les médias d’État ont également publié des photos de Kim Ju-ae portant des vêtements occidentaux, ce qui est rare en Corée du Nord. Certains analystes voient dans cette mise en scène une tentative de la présenter comme une figure moderne et internationale. Cependant, le régime reste extrêmement fermé, et il est difficile de savoir si ces images reflètent une réalité ou une construction artificielle.
Le fait que Kim Jong-un prépare sa fille alors qu’il est encore jeune (né en 1984) indique une volonté de consolider la dynastie le plus tôt possible. Il pourrait craindre des troubles internes ou des tentatives de coup d’État, et souhaite ainsi assurer une transition en douceur. La guerre en Ukraine et les sanctions économiques ont affaibli la Corée du Nord, et la succession est un enjeu crucial pour la stabilité du régime.
Analyse géopolitique
La succession de Kim Ju-ae aurait des implications régionales et mondiales. La Corée du Nord possède des armes nucléaires et des missiles balistiques, et sa stabilité intérieure est une préoccupation pour la Chine, les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon. Une dirigeante femme pourrait être perçue comme plus modérée, mais le système nord-coréen est si verrouillé qu’il est peu probable qu’elle change fondamentalement la politique du pays.
La Chine, principal allié et soutien économique de la Corée du Nord, suivrait de près cette transition. Pékin a toujours favorisé la stabilité et le statu quo à sa frontière. Une femme à la tête de Pyongyang ne modifierait pas nécessairement l’équilibre des forces, mais pourrait offrir une opportunité de communication.
La Corée du Sud et les États-Unis surveillent les mouvements de la famille Kim. Le président sud-coréen a déclaré que toute transition de pouvoir ne devrait pas perturber la paix dans la péninsule. Les États-Unis, quant à eux, restent hostiles au régime nord-coréen, mais pourraient voir dans une dirigeante une chance de renouer le dialogue.
Enfin, la Russie de Vladimir Poutine entretient des relations complexes avec Pyongyang. La Corée du Nord fournit des armes à la Russie pour la guerre en Ukraine, et Moscou pourrait soutenir une succession stable pour préserver cet approvisionnement.
Les défis à venir
Si Kim Ju-ae devient effectivement la prochaine dirigeante, elle devra faire face à des défis immenses. L’économie nord-coréenne est exsangue, les sanctions internationales étranglent le pays, et la population souffre de malnutrition chronique. De plus, elle devra gérer les relations avec une armée puissante et des factions rivales au sein du Parti.
L’éducation de Kim Ju-ae est un mystère. On ne sait pas où elle a été scolarisée, ni quels conseillers l’entourent. Sans formation politique solide, elle pourrait devenir une marionnette entre les mains de militaires ou de hauts fonctionnaires. Cependant, si elle a été préparée dès son plus jeune âge, elle pourrait s’imposer comme une leader charismatique.
Le culte de la personnalité jouera un rôle clé. Les médias d’État devront la présenter comme une figure quasi divine, à l’image de son père et de son grand-père. Des chants, des portraits et des statues seront probablement réalisés pour célébrer son leadership.
En conclusion provisoire, la préparation de Kim Ju-ae comme successeur est un événement majeur dans l’histoire de la Corée du Nord. Bien que le chemin soit semé d’embûches, le régime semble déterminé à perpétuer la dynastie Kim, quitte à briser le plafond de verre dans ce pays ultra-conservateur. Les prochaines années seront cruciales pour observer si cette jeune fille deviendra la première femme à diriger la Corée du Nord.
Source: BFM BUSINESS News