Adèle Van Reeth, directrice de France Inter depuis 2022, est remplacée par Céline Pigalle à la tête de la première radio de France. Cette éviction surprise, annoncée en pleine saison, crée une nouvelle secousse au sein de Radio France, déjà marquée par des tensions internes et une baisse d'audience. Décryptage des coulisses de cette décision.
Une nomination chahutée
Nommée en 2022 pour succéder à Laurence Bloch, Adèle Van Reeth avait été choisie par Sibyle Veil, PDG de Radio France, pour insuffler un vent de renouveau. Philosophe de formation, productrice des Chemins de la philosophie sur France Culture, elle incarnait une génération nouvelle, alliant culture et modernité. Pourtant, son mandat a rapidement été marqué par des polémiques et des frictions avec la rédaction.
Les raisons de l'éviction
Plusieurs facteurs expliquent ce départ précipité. D'abord, les audiences de France Inter, bien que toujours élevées, ont enregistré un léger recul, notamment sur la tranche matinale. Ensuite, des décisions éditoriales controversées, comme le remplacement de l'émission C'est encore nous de Charline Vanhoenacker, ont provoqué des mécontentements. L'humoriste avait dénoncé publiquement une décision qu'elle estimait politique, et la directrice avait dû se justifier.
Les relations avec certains chroniqueurs se sont également dégradées. Bertrand Chameroy, recadré par Van Reeth après un billet d'humeur, a répliqué en direct, créant un incident médiatique. Par ailleurs, l'affaire Guillaume Meurice, licencié pour faute grave après avoir comparé Benyamin Netanyahou à « une sorte de nazi », a fragilisé la direction, accusée de céder aux pressions politiques.
La commission d'enquête et les tensions politiques
Adèle Van Reeth a été entendue à plusieurs reprises par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Lors de ces auditions, elle a dû s'expliquer sur la ligne éditoriale de la station, qu'elle qualifiait de « progressiste », un terme qui a suscité des débats. Elle a également été confrontée à des accusations de partialité, notamment après un incident impliquant l'humoriste Sophia Aram et une élue de La France Insoumise.
Ces auditions ont mis en lumière les difficultés de la directrice à naviguer entre les attentes du service public, les pressions politiques et les exigences d'une rédaction en quête de neutralité. Un rapport parlementaire a pointé une « gestion controversée ».
Le rôle de Céline Pigalle
Céline Pigalle, journaliste expérimentée et ancienne directrice de l'information de France Télévisions, est appelée à la rescousse. Elle devra redresser les audiences et apaiser les tensions. Son arrivée est perçue comme un signal fort de la part de Sibyle Veil, qui souhaite remettre de l'ordre dans la station.
Pigalle connaît bien les rouages du service public, ayant également dirigé la rédaction de France 2. Elle devra faire face à des défis majeurs : la grille des programmes, la gestion des talents, et la préservation de l'identité de France Inter.
Réactions et conséquences
L'annonce de l'éviction a provoqué des réactions mitigées. Certains saluent une décision nécessaire pour redynamiser la station, tandis que d'autres dénoncent une ingérence politique. Les syndicats de Radio France ont appelé à une réunion d'urgence. Le départ d'Adèle Van Reeth marque la fin d'une ère, mais ouvre une nouvelle page pour France Inter, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, qui s'annonce explosive.
Dans les coulisses, on évoque une opération de communication mal maîtrisée et une perte de confiance de la part de la direction générale. Sibyle Veil, qui a soutenu Van Reeth jusqu'au bout, a finalement tranché pour une solution de continuité plus consensuelle.
Cette éviction surprise illustre les tensions permanentes au sein de Radio France, où les enjeux de pouvoir et d'orientation éditoriale sont constants. Pour Adèle Van Reeth, c'est un retour à la vie d'auteur et de philosophe qu'elle n'avait jamais vraiment quittée. Elle avait d'ailleurs publié en 2023 un recueil de ses émissions philosophiques, avant de prendre la direction de France Inter.
Son passage à la tête de la station restera marqué par des controverses, mais aussi par une volonté de moderniser une radio historiquement puissante. L'avenir dira si Céline Pigalle parviendra à relever les défis laissés par son prédécesseur, dans un paysage audiovisuel en pleine mutation.
Source: Le Figaro News